un peu de philosophie …

CINQ ANS DE PHILOSOPHIE avec HARUKA AKASAKO

"c’était le début d’un printemps exceptionnellement chaud, la saison des amours avait commencé ..."

 

6. Lac de Warfa, avril 2015

Dès les premiers beaux jours du printemps, j'ai emmené Haruka au lac de Warfaaz pour la préparer à ce que j’avais imaginé faire avec elle en lui montrant comment le canard faisait sa cour à la cane, comment il tournait d’abord autour d’elle en déposant de petits cailloux pour la séduire avant de la couvrir, et la femelle qui regardait cette verroterie sans broncher, il me fallait cela pour lui poser la question capitale sans rien lui dire, la gravité de la situation l’exigeait, bien sûr, la fine mouche a vite compris, j’ai senti que ça venait, l’image était suffisamment forte et cohérente pour qu’elle s’attache à moi et prenne mon affaire à coeur.

C’était le début d’un printemps exceptionnellement chaud, la saison des amours avait commencé, sur le coup de midi, je lui ai proposé de descendre vers la marre de mon jardin d’Eden pour observer les minuscules grenouilles noires comme l'ébène qui égarent leurs oeufs sous l’oeil avide des rapaces enfiévrés du Wayai, quetcha quetchi, quetcha quetchi, elle est d’accord bien sûr, mais elle voudrait y aller en costume d’Eve, ma surprise est totale, elle trouve cela très naturel, il n’y a pas de quoi en faire une question métaphysique, et elle me demande tranquillement d’en faire autant, je suis stupéfait, quoi ? me mettre tout nu ? moi aussi ?

Oh non, rien de sexuel là-dedans, pas question pour elle de baiser avec ce vieux peintre qui a été l’amant de sa mère, qui aurait pu être son grand-père, mais il pourra la toucher le soir, la masser, la lutiner, petit travail mélodieux sans péché, sans aller jusqu’à, juste ce qu’il faut pour notre besoin minimum de contacts charnels, ça va sûrement remettre du sang dans mes plaies et du poison dans mon dard, mais tant pis, elle laissera faire, elle aussi heureuse à sa façon, tout ça en conservant son air tranquille, impénétrable, icône de pureté, de candeur et de placidité, une certaine façon de me regarder sans soif et sans fièvre, d’un regard à l’état pur qui n’exprime aucune nuance de sentiment, aucune attente ni étonnement, une sorte de source lumineuse, allumée comme une braise, avec des yeux acérés comme des lames de couteau pour découper, non pour exprimer, oui, c’est cela, décortiquer à la Spinoza avec une impitoyable lucidité...

 (extrait de "Cinq ans de philosophie dans l'atelier, pages 15 et 16)

https://www.blurb.com/b/10713233-cinq-ans-de-philosophie-dans-l-atelier