Introduction du catalogue JAPONAISES

Peindre pour ressentir quoi, pour vérifier quoi, et finalement pour en faire quoi ? Une accumulation de belles trouvailles ? Non, mais le oui, le oui de la vie, ce charme fou de la vie qui résiste à toute mort. Éprouver ses propres forces de vie grâce à l’autre. Arriver par lui ou avec lui à l’évidence du vivant qui nous emporte dans sa poussée. Avec l’inexplicable joie de peindre dans l’inconnu. Façon de forcer la mort à attendre. Dans mon cas, cela passe par le portrait des autres. Je ne peux me lasser de la réalité troublante de leurs corps impossibles à atteindre, je m’attache longuement au visage, cette partie du corps humain où dedans-dehors sont mélangés et où se rassemble tout son sens. (Le visage, dit l’hébreu, c’est ce qui est tourné vers. C’est, comme la voix, l’intime extérieur.)  Je fais attention à tous les détails, de la tête aux pieds, sans fausse pudeur, parfois jusqu’à la crudité, dans le risque de la proximité, en équilibre entre le vide et la matière pour organiser leurs rapports. Construire des images de l’autre, d’une présence intense, solides, éclairantes, précises, concrètes, à la fois structurantes et contradictoires, qui finalement ne seront plus tout à fait des objets ordinaires et sont peut-être appelées à me sur-vivre… Créer des liens dans la matière du monde, avec ceux qui l’habitent, en évitant les impasses de l’artistique et en restant d’une extrême discrétion…