1. À propos du journal de l’atelier

Ce journal du peintre Moline commencé le 31 août 1973, le soir même de son arrivée au Japon, est comme sa peinture : un défi permanent, une mise à nu de ses désirs pratiquée au jour le jour d’une vie remplie de contradictions et de situations délicates. Par la systématicité de sa pensée du continu entre l’affect et le concept, l’auteur y pose à chaque page la question de l’amour, du sexe, de la fascination, de la fidélité, de l’anarchie, de la liberté, du mensonge et des pouvoirs du rêve face à la banalité. Est-ce pour autant un texte sérieux auquel on pourra se fier pour comprendre sa peinture ? Scénarisation, dramatisation, clichés d’amours ou projections libertaires, l’artiste ne s’est-il pas raconté des « carabistouilles » pour se débrouiller avec des histoires peu engageantes et nous embrouiller avec ses questions ? A-t-il voulu corriger ce décalage entre l’image propre qu’il s’est toujours efforcé de donner de lui-même et celle qu’il découvre la nuit quand il vacille au bord de ses fantasmes ?

Là où croît le danger croît aussi ce qui sauve. Peindre est une entreprise à haut risque. L’art sans sexe n’existe pas, il a besoin d’un corps. Expression d’un rapport direct et concret, quasi physique, à ses modèles, le travail du peintre requiert, pour être compris, le retour à l’histoire, aux faits remis dans leur contexte. Ce journal vient donc à point pour éclairer les tenants et les aboutissants inattendus d’une peinture qui n’est que la mise en images par l’artiste de son expérience de l’autre et de sa perception du temps qui passe.