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5. Art Now, Bruxelles – 1998


Awa’s collection
Otomè’s collection
et finalement Ponko’s collection… ?

bien avant les corps nus, les vêtements ont joué un rôle important
primordial dans leurs contraintes et essentiel dans le développement de mon travail, puisque ce sont eux qui ont fait sauter les premiers verrous et élargi les meurtrières

une fois le cou, l’épaule et les bras dénudés, d’accord avec mes modèles
nous ne pouvions qu’aller de l’avant
c’était comme un défi à leur identité
je voulais lutter avec la pudeur japonaise de ces femmes, et j’aimais qu’elles se défendent

nous sommes tous sous influence, nos réticences dérivent de la nature de nos préoccupations, de nos cultures et de nos passés, armées, cuirassées, uniformisées

elles restaient intérieurement sensibles à un comportement plus décontracté et à l’impudeur de la mode avec tout ce qu’il y a au-delà
c’est comme si elles y trouvaient un soulagement et avaient besoin de cette libération pour rêver entre deux mondes, vagabonder sans itinéraire précis entre yoofuku (洋服) et wafuku (和服), tourner à droite pour aller discrètement à gauche

fuku qui veut dire vêtements, costume (服) peut aussi signifier chance et bonheur(福). Bonheur des tuniques colorées d’Awa, des fins chemisiers d’Otomè, des jeans usés de Ponko, mes japonaises se donnaient beaucoup de peine pour leur toilette, leurs vêtements n’étaient pas de simples emballages, jour après jour, elles les vivaient de l’intérieur, comme des vêtements-verbes actifs, ou des vêtements-peau porteurs d’affects
Awa changeait de robe deux ou trois fois par jour, la garde-robe de Ponko était fabuleuse, Otome dépensait des fortunes pour s’habiller

”C’est avec Awa que j’ai découvert le pouvoir prodigieux des robes amples, des vestes sans col, des chapeaux et des châles déferlant sur les hanches.
Les tissus dont elle s’enveloppait prenaient immédiatement le relais de son corps, ses jeans lui collaient à la peau comme l’écorce à la branche du prunier,
ses robes à rayures faisaient jaillir sa gorge en globe, l’appel aux sens était simple, direct, évident.”

”Les bustiers d’Otomè me semblent toujours pleins de mystère, je n’en ai jamais vu de pareils, ils ont la douceur d’une peau lisse, le coton s’enroule autour de ses seins, j’essaie de garder la distance,
mais il est difficile de ne pas percevoir la naissance de leur forme, leur ombre a prise sur mon imagination, comme si l’essentiel vibrait dans le non-dévoilé.
Jour après jour, je sens faiblir mes résistances.”

”La chambre de Ponko est à l’étage de sa petite maison à Ono.
Je grimpe souvent là-haut caresser du regard et de la main les chemises, les tricots, tous ces tissus insolites que j’ai vus drapés autour des épaules rebondies de la belle. Je prends un plaisir pervers à les tordre entre mes doigts, j’y dépose mes lèvres, comme une façon de me rapprocher d’elle au plus près sans jamais la toucher.”

(journal de l’atelier, 21 février 1981)

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