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6. Galerie Rops, Namur – 2003


ton poids d’abord
si doux et si léger que je peux à peine l’atteindre je m’y jette, je tombe, je m’égare
n’as-tu pas un peu maigri depuis l’été dernier ?

tes cuisses encore mouillées
polies, cuivrées, colorées, taillées au compas
les prendre à pleines mains pour descendre à tes pieds, ceux-ci fermes et sûrs d’eux-mêmes, enrichis de cinq orteils, l’un suivant l’autre à poursuivre jour et nuit l’amoureuse aventure au bord des précipices

soupeser tes seins
doux et chauds
d’une rondeur parfaite
à la fois autres et mêmes au bord de l’eau

où ont-ils pris tant de douceur ?

leur donner à chacun un nom pour s’y retrouver m’y faire unchemin, m’y laisser aller puisque c’est déjà toi me faire du bien avec, en effleurer la pointe noire

toucher tes dents luisantes et bien liées qui se montrent en riant
écouter la bruit que fait ta langue sur ma peau
mordiller tes joues dorées pour savourer le grain d’or foncé qui chante sur tes pommettes

tes yeux trop écartés qui s’ouvrent en deux jusqu’au ventre tes yeux demi-dieux tels que Dieu les a faits
montés de fonds lointains à travers des années sans fin, enfermés intacts dans des contours précis

essayez donc vous-même ! vous n’y arriverez pas !

ton nez enfin
nu debout comme un vit à sucer en plein visage, ce bien parfait dont j’aime la précision
bien à sa place dans toute sa netteté
follement beau, tout lisse tout rond
un peu plus luisant que d’habitude peut-être
qui pourrait être plus belle que toi ?

je ferme prudemment les yeux
si on regarde une seule chose trop longtemps on devient cette chose

(Daniel Moline, Poèmes au bleu d’Outremer, 15 août 1996)

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